Fourreau H

En découvrant les œuvres de l'artiste peintre Fourreau H d'après des reproductions, en les feuilletant comme un album d'images, la première chose qui vient à l'esprit c'est une impression : la naissance de l'abstraction, sa préhistoire, sa découverte. Comme Kandinsky, elle a une véritable confiance dans le pouvoir vivifiant de la couleur. Son sens développé du graphisme explore le langage offert en pâture à des artistes par les dessins d'enfants. Paul Klee a su si bien s'en servir… à sa manière, Fourreau H. en sait aussi quelque chose. C'est pourquoi ses toiles se distinguent par leur jeunesse tonique; Hauts les cœurs, ceux qui me regardent !

Au début du 20ème siècle l'art était un laboratoire d'inventions inhabituelles. Aujourd'hui on n'ose plus être aussi naïf. Et pourtant il le faut. L'œuvre que cette artiste montre depuis seulement dix ans est mue incontestablement par l'esprit de la découverte d'un monde à l'intérieur du monde. Un peu comme les poupées russes lorsqu'on les découvre pour la première fois. Leur emboîtement est simple, merveilleux. Peu d'artistes pénétrent véritablement les secrets de la peinture à travers lesquels ils dévoilent les leurs. L'originalité d'un artiste est une drôle de chose.

Un tempérament confiant semble guider la signalétique plastique des toiles de Fourreau H.
Prenons par exemple
"Epure7 "TM. 81x81cm. Quelques tâches noires "à la Miro". Les rayons d'un soleil rouge cerné de vert. Des signes très graphiques et des formes bizarres peuplent des espaces construits comme une architecture constructiviste. C'est eux les habitants mystérieux de cette surface peinte qu'est ce tableau ! Et toute cette poésie picturale s'épanouit sous la forme d'une mise en abîme; tableau dans le tableau. Un tableau semble cacher partiellement un autre, ainsi de suite, onze fois ! Il se joue quelque chose ici comme le destin dans un jeu de tarot.

Dans cette autre toile intitulée
"Margie " TM. 81x 81 cm. , le monde de l'enfance s'ouvre à nos yeux. Avec ses troubles, ses peurs, ses dimensions invraisemblables… On a en envie de s'exclamer, mais cette forme centrale c'est une tête orange grosse comme une patate. Avec son œil boudeur et carré elle nous regarde d'une bien étrange manière. Et cet arbre qui ressemble à une bouteille de lait comment pousse t' il au juste? Pourquoi est-ce que la mer est placée sur le toit de la maison? Ce n'est pas mal du tout de s'oublier ainsi dans un tableau, de se laisser obnubiler par l'érotisme de l'orange et deviner la signification des signes qui pour quelqu'un d'autres parlent autrement.

Son
"Horla" est une œuvre plus dramatique sans pour autant contredire la cohérence de l'esprit d'ensemble de cet univers bien enraciné non seulement dans l'imaginaire mais aussi dans l'intelligence du trait. Derrière une peintre, il y a une dessinatrice, et derrière la destinatrice, une main qui possède une sensibilité et une assurance.

On est quand même frappés par la douceur de ce petit monde qui se déploie dans chacun de ses tableaux. L'artiste utilise des techniques mixtes, pigments et vernis, mais c'est le résultat qui compte.

Ileana Cornea
Critique d'Art